A 4400 mètres, la pluie s’invite sur la face nord
Le Nouvelliste, 30.06.2026; Clément Girardot

ZERMATT – Un cliché montrant des cascades sur la face nord du Cervin lors d’un orage a été relayé sur les réseaux sociaux. Ce phénomène, bien qu’inhabituel, pourrait devenir de plus en plus fréquent en raison du changement climatique.
Un cliché spectaculaire
Une image montrant des torrents d’eau dévalant la face nord du Cervin a été largement partagée et a suscité d’innombrables réactions sur les réseaux sociaux. Certains accusant même le cliché d’être un faux, généré ou modifié par l’intelligence artificielle.
La photo a été prise le 25 juin à 18h10 depuis son chalet par Harry Lauber, 78 ans, ancien guide de montagne et propriétaire d’un hôtel à Zermatt. Il avait déjà assisté à une scène similaire lors d’un orage de grêle en août 2022. Selon lui, des courants d’air descendants accélèrent les précipitations intenses. Comme il n’y a plus de neige pour absorber l’eau, celle‑ci descend dans les couloirs. L’événement a duré dix à quinze minutes.
La photo a été analysée par de nombreuses publications dédiées à la montagne. Le magazine en ligne «Alpine Mag» l’a partagée en confirmant son authenticité grâce à une webcam de Zermatt.
Un phénomène désormais fréquent dans les Alpes
Robert Bolognesi, nivologue : «C’est un phénomène que l’on observe dans toutes les Alpes. On a quasiment les mêmes problèmes en France et en Italie.»
Les glaciologues italiens Riccardo Scotti et Giovanni Baccolo soulignent que cette scène aurait été «extrêmement rare» par le passé. La face nord du Cervin, autrefois emblématique de l’alpinisme sur glace, a perdu son «écrin de glace».
Dégradation du permafrost
Ce jour‑là, l’isotherme 0°C se situait autour de 4800 mètres. Les précipitations entraînent une dégradation du permafrost, essentiel à la stabilisation de la montagne. L’effet de ces pluies peut durer des semaines ou des mois, favorisant chutes de roches et glissements de terrain.
Pierre Mathey, secrétaire général des guides de montagne : «L’effet de la canicule se fait sentir en haute altitude avec une fonte accélérée de la neige, des glaciers et le dégel du permafrost.»
Conséquences pour l’alpinisme
Le réchauffement climatique modifie profondément la pratique de l’alpinisme. Les dangers estivaux sont encore mal connus, contrairement aux avalanches hivernales. L’impact varie selon les massifs et les courses.
Certains itinéraires doivent être modifiés, d’autres voient leur saison évoluer avec l’arrivée de fortes chaleurs dès mai ou juin. Les phénomènes météorologiques violents deviennent plus fréquents, nécessitant une vigilance accrue.
Bolognesi s’inquiète d’une année record pour la fonte des glaciers en raison de la succession de canicules.
_
Matterhorn photo group | waterfalls M north face 25/6/26 6:10pm | Facebook