Amende pour une guide sans formation
Le Nouvelliste, 26.01.2026; Flavia Cillioz

Une personne ayant pratiqué pendant plusieurs années comme guide dans les Alpes sans avoir d’autorisation d’exercer a été condamnée à payer une amende de 5000 francs.
En Suisse, la profession de guide de montagne est encadrée par une loi et une ordonnance, en vertu des risques qui y sont inhérents. Chacun encaisse cependant des personnes qui vendent leurs services dans ce domaine sans être qualifiées se font pincer. L’Association suisse des guides de montagne (ASGM) a communiqué dimanche sur un cas remontant à quelques années, qui s’est soldé en décembre dernier par une condamnation du Ministère public valaisan.
Les faits reprochés ont été commis entre août 2021 et août 2023. Une femme a guidé à plusieurs reprises des clients à travers les Alpes suisses, alors qu’elle ne disposait d’aucune formation pour le faire. Le post de l’ASGM mentionne entre autres les ascensions du Breithorn, de l’Allalinhorn, du Bishorn ou encore du Weissmies, des sommets qui culminent tous à plus de 4000 mètres.
« On pense d’abord aux gens qui souscrivent à ces courses. Il n’est rien arrivé, tant mieux. Ils ont eu de la chance », lâche Pierre Mathey, secrétaire général de l’ASGM. « Et puis vient ensuite un sentiment de frustration. Parce que se dire guide sans avoir suivi une formation sérieuse et être soumis aux obligations sérieuses qui en découlent, ça ne paraît juste pas possible que quelqu’un puisse passer au travers de tout ça. Et que ça puisse arriver plusieurs fois sans être enregistré. »
Un cas « embématique »
Pour autant, le cas de figure n’est rien d’exceptionnel pour le secrétaire général. Il estime entre dix et vingt les dénonciations faites chaque année à l’ASGM pour des doutes concernant les qualifications des guides de montagne. Ces signalements peuvent émaner de clients des pseudo-guides, du personnel des refuges ou encore d’autres guides qui auraient croisé leur chemin – dans le cas présent, un guide bernois et des clients on témoigné de leurs doutes. Selon la qualité des preuves qui sonst ensuite collectées par l’ASGM, l’affaire peut se solder par une dénonciation pénale.
« Mais le but premier de l’association, ce n’est pas d’entamer une procédure judiciaire, tempère Pierre Mathey. Sur la vingtaine de dénonciations annuelles, la moitié est généralement instruite. Dans 80% des cas restants, l’affaire est réglée en interne. Certaines personnes nous disent qu’elles n’étaient pas au courant des lois en vigueur. Que ce soit vrai ou pas, notre but est surtout de remettre de l’ordre dans les offres qui dysfonctionnent. »
Reste alors les personnes qui ne veulent pas entrer en discussion – c’est le cas de notre fausse guide. Le Ministère public est alors saisi et enquête de son côté. « On est face à un des cas qui a abouti. Ce n’est pas le premier, mais il est assez emblématique, car l’activité de guide était menée largement par la personne, analyse Pierre Mathey.
En Suisse, des condamnations similaires ont déjà été prononcées dans les cantons de Berne, des Grisons et du Valais. Selon le secrétaire général de l’ASGM, le montant des amendes dans les précédentes affaires en Valais était déjà de 5000 francs, comme pour la guide condamnée en décembre. « Mais pour une personne qui vient d’un pays où les revenus sont bien inférieurs, ce n’est pas rien. Et c’est inscrit comme infraction. »
Le rôle des réseaux sociaux
La condamnée n’est pas de nationalité suisse, ni européenne. Elle a été jugée en Valais non pas parce qu’elle habitait le canton, mais parce que les infractions qui lui sont reprochées dans le dossier ont eu lieu sur le massif du Mont Rose.
Pour Pierre Mathey, les prix préférentiels que proposent ces guides non autorisés participent à attirer les clients. « Mais il existe aussi une exploitation plus culturelle : les prestations sont souvent vendues sur Facebook, à des personnes parlant la même langue que le pseudo-guide. Il y a une part de méconnaissance de ce qu’est le métier de guide en Suisse chez ces clients. »
Le secrétaire général remarque d’ailleurs clairement une hausse de ces cas allant de pair avec le développement des réseaux sociaux, où ces faux guides s’affichent d’ailleurs souvent. « Au début, on se disait : ce n’est pas possible, ils ne font quand même pas ça. Mais en fait oui : pour que quelqu’un les trouve, il n’est pas le choix. »
Pour accompagner ce changement de paradigme, l’ASGM a lancé un projet pilote visant à digitaliser les cartes de guide. « Jusqu’à l’année passée, on avait une carte physique avec nom, prénom, activité et une petite photo du membre reconnaissable. On l’appelait des timbres de validité annuelle. La nouvelle carte digitale a l’avantage de ne pas être dupliquée et de contenir plus d’informations. Ces outils permettent de progresser dans l’identification des professionnels autorisés », se réjouit Pierre Mathey.
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Illustration : Mont Blanc, André Saad, Pixabay
